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Chroniques Bastien

Samedi 27 janvier 2007

L’étranger

 

 

Un policier et une responsable de l’immigration. Voici les premières personnes rencontrées. J’aurai préféré un joueur de football de l’équipe nationale, un grand cuisinier ou un ornithologue local, histoire de commencer tout de suite à épancher, sur mes sujets de prédilection, ma curiosité et ma soif de rencontres envers les citoyens de ce pays dont je n’en connaissais pas un seul. Mais c’est ainsi. Où que l’on aille et d’où que l’on vienne, le premier contact est toujours celui des frontières, des barrières, des uniformes et de la suspicion, et jamais celui de l’accueil, du partage et de la découverte.

Mes deux hôtes m’ont demandé ce que je venais faire ici et je ne le savais pas très bien. Ils ont voulu savoir pour combien de temps j’escomptais le faire et je n’ai pas trop su quoi leur répondre. Alors ils m’ont donné soixante jours, et quatre-vingt-dix à ma fille Anna, allez comprendre. Nous sommes venus pour cinq mois, au moins. Mes lacunes insondables en mathématiques et mon aversion pour la gent chiffrée ne m’interdisent pas de mesurer que le compte n’y est pas. Qu’il y a un décalage entre la date cérémonieusement tamponnée sur mon passeport à l’aéroport et la date prévue de notre retour.

Je vis avec ce décalage, en voyant la date se rapprocher, en me demandant quel moment est le plus propice pour aller rendre visite aux services de l’immigration pour obtenir un autre tampon, une autre date… En ne sachant pas quelle pourra être leur réponse, quelles preuves de je ne sais quoi leur sera nécessaire pour me redonner des jours, voire me gratifier d’un permis de résidence… En me demandant si ces policiers aux paniers à salades dignes des camionnettes emmenant des chiens entassés pour une chasse à courre ne sont pas capables, un jour, de me reprocher d’avoir dépassé la date fournie un peu au hasard par mes deux premiers hôtes, et de me mettre dedans leur chenil roulant… Il tient à peu de choses, finalement, de résider illégalement sur un territoire : l’humeur d’un fonctionnaire et un petit tampon. Cela n’a rien de nouveau, et mon expatriation à moi n’a rien de vitale, mais…

Ici, l’étranger, c’est moi.

 

 

***

 

 

A des milliers de kilomètres à la ronde, pas une maison, pas une ferme, aucun lieu où je n’ai de souvenirs, d’attachements, où je puisse rendre visite à une vieille connaissance.

Pas une rivière qui ne soit ma rivière, dont je sache reconnaître et prévoir les humeurs, les odeurs, et que je puisse revenir voir en enfant prodigue.

Pas un arbre que je puisse toiser en me souvenant l’avoir gravi, enfant, avec fierté.

Pas un grand-père, un ami de longue date, une sœur, que je puisse appeler en disant « J’arrive ce soir. J’apporte le vin et le fromage ».

Ici, l’étranger, c’est moi.

 

 

***

 

Je veux être poli, saluer avec distinction, engager la conversation et je n’y parviens qu’avec maladresse, suscitant le plus souvent l’incompréhension, l’ironie, et parfois même le mécontentement.

Je veux me sentir vivre en harmonie avec les citoyens de ce pays, en copier les rythmes, les règles mais échoue le plus souvent, n’en adoptant qu’une grossière caricature.

A mille et un codes, règles, usages, gestes ou paroles que je tente d’imiter en pantomime grossier, je sens que…

Ici, l’étranger, c’est moi.



Par Bastien
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Samedi 27 janvier 2007

La question...

 

 

Les expatriés forment une société dans la société. Ils ont leurs codes, langage, castes sociales, lesquels ne sont ni ceux du pays hôte ni ceux du pays d’origine, mais n’appartiennent qu’à un expatland à la géographie fluctuante.

           

            Etre européen en Afrique australe ne saurait suffire à assurer une intronisation réussie dans la société des expats. Encore moins à permettre votre classement dans sa hiérarchie et une acceptation dans ses réseaux.

            Pour cela, il faut avoir réponse à la question, et une bonne réponse. La question… Celle qui intervient dans les premières secondes de la première rencontre avec les expats patentés. La question par laquelle le membre illustre, ancien, reconnu ou de base de la caste des expats évaluera la pertinence de votre statut d’expatrié, votre rang sur l’échelle sociale toute particulière de ce groupe, et les éventuelles invitations à de futurs barbecues autour d’une piscine en plein mois de janvier.

            Avoir une bonne réponse à la question, c’est s’assurer, outre ces premiers éléments de reconnaissance, dix bonnes minutes de conversation, un verre rempli régulièrement si la discussion se déroule à l’heure de l’apéro, voire une première invitation à dîner.

Ne pas avoir de réponse à la question, ou en avoir une mauvaise, c’est se voir signifier un « bon séjour alors… » dans un sourire compatissant et gêné, suivi d’un glissement sournois de votre interlocuteur vers le buffet du soir.

Ce n’est qu’à mon deuxième rendez-vous parmi des expats que j’ai compris tout le sens de la question, son importance.

La première fois, je n’ai tout simplement pas compris la question. L’ambassadeur, accueillant la petite communauté française d’ici s’est adressé à moi, considérant à peine la présence de Fanny à mes côtés, et m’a immédiatement demandé, après s’être enquit de mon nom :

« Quelle compagnie ?

-         Euh… J’ai travaillé pendant cinq ans pour…

-         Non, quelle compagnie ?

-         Plus récemment, j’ai…

-         Mais ici, vous travaillez pour quelle compagnie ? 

-         J’accompagne ma femme ( premier mensonge…), qui…

 

Et l’ambassadeur, un peu surpris, de se tourner enfin vers Fanny, et de m’exclure du reste de la conversation comme elle l’avait été jusqu’à présent.

 

La deuxième fois que la question m’été posée, j’ai compris son importance pour mon classement social ici. Je n’avais toujours pas de compagnie, certes, mais au moins ai-je été en mesure de donner directement ma mauvaise réponse à la question sans faire perdre de temps à mon interlocuteur. Le reste de la discussion, d’où fusaient les noms de quelques-uns des principaux groupes technologiques ou industriels européens et mondiaux, s’est déroulé sans moi. Tout ce que j’en ai retiré, c’est qu’avoir une compagnie, n’importe laquelle, ne suffit pas. Cette compagnie doit avoir un nom qui, de Paris à Bangkok, de New York à Johannesburg, résonne comme un modèle de réussite, de parts de marché, de points de croissance, et autres termes me rappelant vaguement les cours d’économie reçus en préparation de mon Bac « B », ou les chroniques économiques de quelque radio française d’information continue.

L’expatrié travaillant pour une petite société locale ou pour lui-même n’a donc pas de bonne réponse à la question. Il peut à la rigueur être considéré comme un expat « de fait », mais son classement sur l’échelle sociale de ce groupe est relativement faible : Ce n’est pas bon signe que d’aller aussi loin pour travailler dans un environnement aussi peu glorieux… Etre loin, très loin de chez soi, se dépayser ne vaut la peine qu’à la condition d’occuper des fonctions à très hautes responsabilités dans une compagnie des plus prestigieuses…

 

 

Voilà, chers amis, une petite contribution personnelle à la compréhension sociologique des expats

 

Sinon, ma compagnie s’appelle FAB-Gab (FannyAnnaBastien à Gaborone), se porte bien, et vous salue chaleureusement.

 


Par Bastien
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Samedi 27 janvier 2007

Le lion est mort ce soir

(enfin non, c’est pas le lion qui est mort…)

 

 

            Un parc auquel seulement un guide sur deux fait allusion, dont personne ici ne nous a parlé. Pourtant des pancartes l’indiquent, sur la route de Gaborone à Lobatse. Il figure aussi dans le petit dépliant sur les activités touristiques des alentours, publié par la ville de Gaborone.

Ce parc, c’est le Saint-Clair’s Lion Park. Nous savons seulement qu’il se situe à vingt minutes de voiture de chez nous, et que son principal intérêt est qu’il permet d’observer des lions et de disposer d’une aire de pique-nique riche en jeux pour enfants. Mais pourquoi pas aller voir. Ce n’est pas loin, on n’a pas encore vu de lions, ni en liberté ni en réserve.

Hantés par le pressentiment d’aller vers une découverte étrange, vers un Lion park improbable, nous y allons un dimanche matin. Quinze kilomètres après le dernier immeuble de Gaborone, une pancarte verte en bon état indique la piste à emprunter : Saint-Clair Lion’s Park : 1,5 kms. Nous faisons donc ce petit kilomètre et demi sur une piste plus que correcte, au milieu du bush, jusqu’à une grille. Il faut savoir qu’ici, les entrées des réserves et des parcs sont toujours marquées d’une haute grille portant le nom de l’endroit, ceinte de deux cahutes au toit de chaume où patientent des gardes armés de tampons à apposer sur un permis d’entrer.

Mais ici le toit de chaume est effondré. La grille est béante, la barrière tombée au sol. Pas de garde, pas de tampon, pas de voitures. Seulement les restes disloqués de tout cela, et pas âme qui vive à l’horizon, ni lion ni gardien. Nous entrons malgré tout, pour nous garer derrière ce qui ressemble à des infrastructures touristiques. A main gauche, un restaurant à la grande salle ornée de trophées d’animaux, dont on devine l’ambition touristique à la taille de la cheminée et à l’ampleur du mobilier, rangé là depuis la veille semble-t-il. A main droite, un bar aux chaises elles aussi parfaitement bien rangées, où pourrait se tenir dès le soir même de fameuses discussions imbibées sur les fameux lions. En face, un barbecue géant en pierre au milieu du patio chaleureux où il doit faire bon veiller. Derrière nous, à l’endroit où nous avons garé notre voiture, des toilettes, propres et en parfait état de marche. Tout cela est accueillant, ordonné, propre. On aurait envie d’y passer une soirée avec une multitude d’ami(e)s, de membres de la famille, triés sur le volet pour leur capacité à apprécier l’impala au barbecue arrosé de vin sud-africain…

Mais de lion, pas l’ombre d’une queue d’ailleurs, même parmi les trophées de la salle du restaurant. Nous nous asseyons donc, incrédules, sur les marches du patio, contemplant l’excitation méritoire d’Anna de se trouver dans un endroit aussi formidable que ce Saint-Clair’s Lion Park, sous prétexte qu’il y a des marches à grimper et à descendre, des vers de terre de taille exceptionnelle, et de jolis oiseaux qui lui volent autour si proches qu’elle essaye de les attraper…

 

Dix minutes, un quart d’heure peut-être se sont écoulées quand un petit point à l’horizon commence à se rapprocher. Parvenu à quelque centaine de mètres de nous, le petit point devient silhouette humaine. A quelques dizaines de mètres, la silhouette se fait celle d’une femme. Une femme d’une soixantaine d’années je pense, portant fichus sur la tête, et à la main un sceau contenant de quoi faire le ménage : éponge, serpillière, produit ménager. Elle est sortie du bush à des centaines de mètres de là, a traversé d’un pas lent et régulier toute la plaine, et s’apprête à me dépasser sans un mot et sans un regard, pour aller vers le restaurant, les toilettes, etc. J’essaye de lui demander ce qu’il en est de ce fameux Saint-Clair Lion’s Park fantôme, mais son anglais est visiblement aussi limité que mon Setswana. Le seul regard qu’elle me pose est empreint d’une langueur terrible, d’une lassitude triste qui me fait frémir, et accompagne des mots dont je ne saisis que « no lion ! no lion ! no lion ! ». Et puis elle part s’engouffrer dans les toilettes, et entreprend d’en faire le ménage qu’elle a du déjà faire la veille, ou l’avant-veille peut-être…

No lion. Ce n’est plus une surprise au regard de l’abandon du site, infrastructures de restauration exceptées. Reste à savoir pourquoi. En bons européens, l’hypothèse que nous privilégions est celle d’un manque de rentabilité du site, ayant causé sa fermeture. Il y a des lions à l’état sauvage à quelques dizaines de kilomètres d’ici, pourquoi les touristes, à part nous, viendraient ici payer pour en voir, dans des enclos réduits qui plus est ?

Mais c’est un  homme, lui aussi d’âge avancé et surgi de nulle part, qui nous apporte la réponse :

« somebody was eaten. So the lions were deported to … ».

 

 

 

 

 

Par Bastien
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Lundi 19 février 2007

Si l'on ne compte pas quelques histoires de loups trop bien racontées et quelques cauchemars trop réels, j'ai vécu je crois ce week-end le troisième vrai moment d'effrayante solitude de ma vie...
Les tourangeaux qui m'ont vu dériver au large du Cap Ferret et un ou deux montagnard(s) qui m'ont accompagné dans un orage au sommet de la montagne des Agneaux connaissent les deux premiers...
Comme ces deux premières fois, je ne m'y attendais pas, baignant dans des instants de plaisir et d'insouciance entreprenante. Comme elles aussi, tout était si beau que je me sentais flotter dans les éléments, remerciant la nature qui allait se montrer soucieuse de re-démontrer sa supériorité pour l'occasion...
Cela commence par un départ matinal dans le parc national du Pilanesberg (Afrique du Sud), histoire de profiter des premiers rayons du soleil et des plus belles lumières du jour. Un dernier coup d'oeil dans le rétro, et l'aventure peut commencer:


Un petit tour au bord du lac, pour vérifier que la journée s'annonce belle, et que le lion n'y est pas (si le lion y était, les springbocks il mangerait!):

Tout va bien, et en l'absence du lion, le roi du monde et de la savane, c'est moi aujourd'hui. Au volant de ma petite voiture, dans ces paysages magnifiques, je me prendrais presque pour l'un de ces rangers qui accompagnent et guident les touristes pour leur montrer les beautés locales en les péservant de leurs dangers. D'ailleurs je suis un ranger. Je me surprends parlant en songe aux touristes imaginaires assis derrière moi. Ils ont les visages d'ami(e)s, de membres de la famille, et je leur raconte les animaux, leur comportement, les petits trucs pour éviter qu'une belle rencontre ne se transforme en cauchemar. Et je leur dis: "profitez-bien de cet instant, voici que je vous ai trouvé un rhinocéros blanc, c'est le plus gros des rhinocéros":

Et je profite avec mes clients/ami(e)s/famille, les laissant prendre des photos et en prenant moi aussi, en baissant toutes les vitres de la voiture, puis en coupant pour une fois le contact de la voiture en me disant que cela augmentera la netteté des clichés. Mon petit monde rassasié, les rhinos étant très proches et la présence d'un petit avec sa maman incitant a la prudence,  je me décide. Il faut repartir, avec le sentiment d'avoir bien profité de cette rencontre, et l'impression qu'il faut maintenant laisser ces beaux animaux tranquilles...
Mais la voiture n'est pas d'accord. Pour me punir d'avoir si longuement méprisé tout ce qui a quatre roues et un moteur, elle ne répond pas. J'ai beau tourner la clé, pas le moindre petit signe de contact. Pas un petit voyant pour me dire "non, je ne veux pas repartir, on reste ici, vitres ouvertes au milieu des rhinos, sur le passage des éléphants, sur le territoire des lions". Pas le moindre signe de vie et je ne peux meme pas obtenir le sentiment illusoire de sécurité qu'offrent des vitres fermées: il n'y a pas de commandes manuelles. Pas de contact, pas de vitres fermées, pas de bras, pas de chocolat! Je retente une fois, deux fois, trois fois, rien...
Je ne suis soudain plus un ranger mais un touriste de base. Perdu, idiot, impuissant. Et les rhinos se rapprochent et me regardent avec une coriosité malsaine:


Toutes les histoires de safari qui tournent mal entendues depuis notre arrivée ici me reviennent: celle des deux rangers tués par des éléphants, celles sur la promptitude des rhinos a foncer sur les véhicules, celles sur les lions qui...
J'en fais un amalgame terrifiant, theatralisant in vivo ma propre fin. Et vous, mes clients, mes ami(e)s, mes soeurs et neveux, désolé de vous le dire, mais vous aviez fui depuis longtemps, me laissant seul, petit touriste franchouillard en culotte courte, très, très peu fier de la situation...

Cela a duré vingt bonnes minutes. Les rhinos ont fini par partir, les éléphants et lions enragés ne sont pas venus... Ignorant ma nullité ultime en mécanique, je suis sorti de la voiture après avoir vérifié que les environs étaient déserts, ai tripatouillé la batterie...
Le contact est revenu, la voiture est repartie.
En regardant ce rhino maintenant, je comprends ce je ne sais quoi qui m'interroge dans cet animal et dans on regard. Il semble dire constamment "je t'ai a l'oeil"...

Quant a vous, lectrices et lecteurs, je vous en veux un peu mais pas trop de m'avoir abadonné. Je ne peux me retenir, c'est plus fort que moi. En ballade, je vous emmène toujours, vous présente systématiquement les animaux, fais de mon mieux pour vous montrer le maximum d'oiseaux, de beaux mammifères, de paysages époustouflants.
J'ai beau ne pas etre ranger, vous ne m'empecherez pas de vous emmener avec moi, en passagers clandestins de mon imagination, dans mes petites aventures africaines...


P.S.: les photos figurant dans ce texte sont visibles en format plus grand dans les albums photos...
Par Fanny et Bastien
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Jeudi 26 avril 2007

Je ne sais toujours pas ce qu'est l'Afrique, ce qu'est un pays africain. Je n'ai toujours aucune idée de ce que c'est que d'etre ou de ne pas etre africain(e), que l'on soit un individu, un plat, un paysage, une scene de rue ou une chanson.

Et ne me parlez pas de cette grosse pomme de terre difforme surmontée de l'Europe (tiens, cela non plus, je ne sais toujours pas ce que c'est, et pourtant...). Ne me dites pas qu'est africain tout ce qui touche, se rapporte a cette grosse tubercule géographique. Vous meme n'y croyez pas, ou plus, depuis longtemps. Afrique, Afriques, Africaine, Africains, véhiculent d'autres définitions en formes d'images, de sons, de senteurs, de sensations, de sentiments.

Mais lesquels? Que vont chercher "en Afrique" ces européens passionnés visitant la tubercule sub-mediterranéenne tous les ans ou des que possible, et dont les salons regorgent de tissus et de masques ethniques? Qu'en imaginent les autres, désireux de s'y rendre ou non, qui n'y ont jamais mis les pieds, les oreilles, le coeur et le nez? Comment les européens revent-ils ou redoutent-ils, pensent-ils ou ignorent-ils leur Afrique? Quelques élméents de reponse a partir de fragments de perceptions européennes sur le Botswana.

Un couple d'allemands, grands voyageurs, ayant parcouru depuis trente ans une vingtaine de pays Africains: "Ce n'est qu'au Botswana que nous avons trouvé les derniers vestiges de l'Afrique sauvage, dans le desert du Kalahari et ses grandes etendues, et dans les parcs du nord du pays si riches en faune sauvage. Cela, c'est vraiment l'Afrique".

Un jeune européen résident au Botswana: "Gaborone, ce n'est pas l'Afrique. Quand tu vois les grands centres commerciaux climatises, les grosses voitures partout, les buildings rutilents... Et puis on trouve de tout ici... Ce n'est pas l'Afrique"...

Un autre: "C'est un pays tranquille ici... C'est une démocratie, il y a un bon niveau de développement économique, une université de haut niveau... C'est différent de l'Afrique"... 

 

Le Botswana aurait donc cela de particulier qu'il est a la fois LE pays africain pour certains, et le contraire d'un pays africain pour d'autres. LE pays africain pour les européens repus d'urbanité, en quete de grands espaces, d'oiseaux et d'animaux qui font rever les amis restés au pays. Un pays non africain pour les autres, ou pour les memes parfois, qui ne concoivent leur Afrique que sur fond d'enfants en guenilles, d'absence de routes praticables et de nombreuses denrées, de cases en terre dans lesquelles s'entassent des familles nombreuses et misereuses. Recusée ou glorifiee, l'africanité du Botswana se mesure donc sur l'echelle de la misere et du "decalometre", en fonction du decalage ressentie par le visiteur européen.

C'est pourquoi la mesure de l'africanité du Botswana pose probleme a l'européen de base: la misere "a l'africaine" par exemple, vue a la télé, ne s'y rencontre pas, moins presente et/ou mieux cachée qu'ailleurs. Le nombre de routes, de centres commerciaux, de voitures, renvoie le visiteur a un univers connu, et a une contradiction fondamentale qui veut qu'un pays africain suivant la définition modelisée, caricaturale du développement a l'européenne perd aussitot ses attributs exotiques et son intéret de pays africain

Emerveillé devant un éléphant traversant une savane, un léopard chassant dans le bush, l'européen au Botswana verra sont décalometre grimper, se sentira enfin "en Afrique"... Sirotant un café dans un petit bar climatisé a la clientele composée a 90% de blancs, faisant ses courses dans un supermarché climatisé, avant de rentrer dans un logement non moins climatisé et equipé de l'ADSL, l'européen se sentira chez lui, aura le décalometre a zéro, et parfois le moral aussi en se disant "tout ca pour ca"... D'un instant a l'autre, selon les situations, les individus, le Botswana est donc tour a tour un pays africain, ou non.

Il reste heureusement au visiteur européen (et au gouvernement avide de devises) la nature et les bushmen, comme signes et symbole de l'africanité du pays, comme intérets touristiques et comme sujets quasi-uniques d'ouvrages sur le pays (vous pouvez verifier)...Comme objets de différenciation, comme démonstration du "remarquable" et de l'africanité du pays.

 

L'Afrique, chez ceux qui lui rendent visite ou ceux qui en revent, serait-elle la difference, le depaysement d'avec les habitudes, le quotidien, le connu, le prévisible d'un européen? Définition peu scientifique, certes...  Et qui ne me permet toujours pas de repondre a la question-titre de cette chronique...

 

Par Bastien
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