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Présentation

Jeudi 26 avril 2007

Je ne sais toujours pas ce qu'est l'Afrique, ce qu'est un pays africain. Je n'ai toujours aucune idée de ce que c'est que d'etre ou de ne pas etre africain(e), que l'on soit un individu, un plat, un paysage, une scene de rue ou une chanson.

Et ne me parlez pas de cette grosse pomme de terre difforme surmontée de l'Europe (tiens, cela non plus, je ne sais toujours pas ce que c'est, et pourtant...). Ne me dites pas qu'est africain tout ce qui touche, se rapporte a cette grosse tubercule géographique. Vous meme n'y croyez pas, ou plus, depuis longtemps. Afrique, Afriques, Africaine, Africains, véhiculent d'autres définitions en formes d'images, de sons, de senteurs, de sensations, de sentiments.

Mais lesquels? Que vont chercher "en Afrique" ces européens passionnés visitant la tubercule sub-mediterranéenne tous les ans ou des que possible, et dont les salons regorgent de tissus et de masques ethniques? Qu'en imaginent les autres, désireux de s'y rendre ou non, qui n'y ont jamais mis les pieds, les oreilles, le coeur et le nez? Comment les européens revent-ils ou redoutent-ils, pensent-ils ou ignorent-ils leur Afrique? Quelques élméents de reponse a partir de fragments de perceptions européennes sur le Botswana.

Un couple d'allemands, grands voyageurs, ayant parcouru depuis trente ans une vingtaine de pays Africains: "Ce n'est qu'au Botswana que nous avons trouvé les derniers vestiges de l'Afrique sauvage, dans le desert du Kalahari et ses grandes etendues, et dans les parcs du nord du pays si riches en faune sauvage. Cela, c'est vraiment l'Afrique".

Un jeune européen résident au Botswana: "Gaborone, ce n'est pas l'Afrique. Quand tu vois les grands centres commerciaux climatises, les grosses voitures partout, les buildings rutilents... Et puis on trouve de tout ici... Ce n'est pas l'Afrique"...

Un autre: "C'est un pays tranquille ici... C'est une démocratie, il y a un bon niveau de développement économique, une université de haut niveau... C'est différent de l'Afrique"... 

 

Le Botswana aurait donc cela de particulier qu'il est a la fois LE pays africain pour certains, et le contraire d'un pays africain pour d'autres. LE pays africain pour les européens repus d'urbanité, en quete de grands espaces, d'oiseaux et d'animaux qui font rever les amis restés au pays. Un pays non africain pour les autres, ou pour les memes parfois, qui ne concoivent leur Afrique que sur fond d'enfants en guenilles, d'absence de routes praticables et de nombreuses denrées, de cases en terre dans lesquelles s'entassent des familles nombreuses et misereuses. Recusée ou glorifiee, l'africanité du Botswana se mesure donc sur l'echelle de la misere et du "decalometre", en fonction du decalage ressentie par le visiteur européen.

C'est pourquoi la mesure de l'africanité du Botswana pose probleme a l'européen de base: la misere "a l'africaine" par exemple, vue a la télé, ne s'y rencontre pas, moins presente et/ou mieux cachée qu'ailleurs. Le nombre de routes, de centres commerciaux, de voitures, renvoie le visiteur a un univers connu, et a une contradiction fondamentale qui veut qu'un pays africain suivant la définition modelisée, caricaturale du développement a l'européenne perd aussitot ses attributs exotiques et son intéret de pays africain

Emerveillé devant un éléphant traversant une savane, un léopard chassant dans le bush, l'européen au Botswana verra sont décalometre grimper, se sentira enfin "en Afrique"... Sirotant un café dans un petit bar climatisé a la clientele composée a 90% de blancs, faisant ses courses dans un supermarché climatisé, avant de rentrer dans un logement non moins climatisé et equipé de l'ADSL, l'européen se sentira chez lui, aura le décalometre a zéro, et parfois le moral aussi en se disant "tout ca pour ca"... D'un instant a l'autre, selon les situations, les individus, le Botswana est donc tour a tour un pays africain, ou non.

Il reste heureusement au visiteur européen (et au gouvernement avide de devises) la nature et les bushmen, comme signes et symbole de l'africanité du pays, comme intérets touristiques et comme sujets quasi-uniques d'ouvrages sur le pays (vous pouvez verifier)...Comme objets de différenciation, comme démonstration du "remarquable" et de l'africanité du pays.

 

L'Afrique, chez ceux qui lui rendent visite ou ceux qui en revent, serait-elle la difference, le depaysement d'avec les habitudes, le quotidien, le connu, le prévisible d'un européen? Définition peu scientifique, certes...  Et qui ne me permet toujours pas de repondre a la question-titre de cette chronique...

 

Par Bastien - Publié dans : Chroniques Bastien
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